Débat

Cash investigation : Jean-Charles Bocquet répond

Sur le plateau de Cash investigation, Élise Lucet interroge Paul François, céréalier charentais et président de l'association Phytovictimes, et Jean-Charles Boquet, directeur général de l'ECPA. DR
Sur le plateau de Cash investigation, Élise Lucet interroge Paul François, céréalier charentais et président de l'association Phytovictimes, et Jean-Charles Boquet, directeur général de l'ECPA. DR

Mardi soir dernier, France 2 diffusait son magazine Cash investigation, présenté par Élise Lucet, intitulé « Produits chimiques : nos enfants en danger » (replay disponible durant un mois). Cette émission « à charge » pour certains, ou révélatrice de « dissimulations » pour d’autres, a suscité de nombreuses réactions, aussi bien de la part des associations et des syndicats agricoles que de firmes phyto.

Après avoir été directeur de l’UIPP pendant onze années, Jean-Charles Bocquet a pris ses fonctions de directeur général de l’ECPA (European crop protection association), à Bruxelles, depuis fin 2013. Interrogé dans l’émission Cash investigation, il apporte certaines explications, notamment pour répondre à « certaines personnes qui tenaient des propos erronés et parfois diffamatoires », comme il le dit sur les réseaux sociaux :

 

« Fils de forestier, de condition modeste, amoureux de la nature, jardinier, agronome de formation spécialisé en protection des cultures, je peux vous garantir que ma motivation n’a rien à voir avec l’argent ! […] Je suis fier de ce que j’ai pu faire, fier des entreprises que je représente, fier de la plupart des agriculteurs engagés dans la production de cultures de qualité en respectant l’environnement… Des progrès énormes ont été réalisés sur les produits que vous appelez “pesticides”. Ces produits ont tous été évalués (par des autorités compétentes et indépendantes) par rapport aux risques éventuels sur la santé de ceux qui les utilisent (agriculteurs, jardiniers, personnes travaillant dans les espaces verts), par rapport aux consommateurs que nous sommes tous, par rapport à l’environnement. Ils sont aussi suivis après leur autorisation, renouvelée (ou pas !) tous les dix ans en fonction des nouvelles connaissances scientifiques… »


Jean-Charles Bocquet, directeur général
de l’ECPA (European crop protection association).
Photo : S. Bot/Pixel image

Et d’ajouter :

« Nous sommes engagés dans le progrès, le dialogue avec la société civile, et la prise en compte des attentes sociétales, même si des émissions comme Cash investigation sont très biaisées et militantes. Mme Lucet m’a interviewé deux heures dans mon bureau, n’a retenu que certains éléments qui ne reflètent pas la réalité du secteur et le débat qui devait être du direct a été “coupé” – 40 minutes d’échanges sur le plateau et une vingtaine de minutes de débat diffusées à l’issue du documentaire. Ceci étant dit, il faut reconnaître que Mme Lucet nous a donné l’opportunité de nous exprimer et je lui en suis reconnaissant ! Nous “payons” aujourd'hui des années de non-communication dans les années 1980 ! Il n’est jamais trop tard pour démarrer ! »

Suite à l’émission, l’UIPP avait dénoncé un « procès à charge » de l’industrie des produits phytopharmaceutiques. Pour Forum phyto, le magazine Cash investigation est « en service commandé et ment par omission » en oubliant de mentionner l’utilité des pesticides, les démarches de progrès passées ou en cours, ou les produits eux-mêmes, l’amélioration du matériel de pulvérisation, etc.

De son côté, la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), soutenue par Greenpeace, a demandé « au plus vite une réunion avec le ministre de l’Agriculture et l’ensemble des nouveaux vice-présidents des régions en charge de l’agriculture pour garantir le soutien financier aux très nombreux agriculteurs qui souhaitent se convertir à la bio. »

Syngenta répond également

Au sujet de l’atrazine (substance active d’un herbicide produit par différentes firmes, utilisé dans plus de 60 pays, interdit en France depuis 2001), Syngenta confirme que « depuis cette interdiction, aucun produit à base d’atrazine n’est vendu en France sous une de ses marques. Par conséquent, les détections actuelles ne peuvent pas être liées au commerce légal de ces produits sur notre territoire ». La firme ajoute que l’émission Cash investigation a proposé « une lecture simplifiée des thèmes importants relatifs à la sécurité sanitaire et environnementale de l’atrazine », avant d’expliquer qu’« il faudrait qu’un homme adulte de 70 kg boive plus de 3500 litres d’eau contenant de l’atrazine par jour pour être exposé à un risque pour sa santé, soit l’équivalent de 19 baignoires par jour ».

Au sujet de son interpellation par Élise Lucet, Denis Tardit, président de Syngenta France, déplore :

« Il est fort regrettable d’avoir réduit un exercice d’échange démocratique à une opération d’influence sans vergogne. »