Nutrition animale

La crise a permis de créer des synergies, mais elle ne sera pas sans conséquence

Les activités des fabricants d'alimentation du bétail ont bien fonctionné pendant la crise, mais il y aura des répercussions économiques.CP : Budimir Jevtic/Adobe Stock
Les activités des fabricants d'alimentation du bétail ont bien fonctionné pendant la crise, mais il y aura des répercussions économiques.CP : Budimir Jevtic/Adobe Stock

La moitié de la production française de céréales est valorisée par l’élevage. Pendant la crise sanitaire, les entreprises de fabrication d’alimentation animale ont dû s’adapter pour répondre à la demande. À l’occasion du point presse mensuel du conseil spécialisé de la filière céréalière de FranceAgriMer, Jean-Luc Cade, président de la coopération agricole nutrition animale, et François Cholat, président du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale, ont fait un point sur la situation.

Jean-Luc Cade a tenu à préciser que, globalement, le secteur des fabricants d’aliments avait bien fonctionné pendant la crise, malgré quelques frayeurs les deux premières semaines : « La consommation a brutalement augmenté à cause des stocks de précaution, mais le rééquilibrage s’est opéré depuis. » Autre crainte, celle de l’approvisionnement liée à la difficulté potentielle du transport et, par conséquent, à la difficulté à respecter certains cahiers des charges si l’approvisionnement n’était pas opérationnel. « Ces craintes ont vite été dissipées, et les objectifs ont été atteints grâce à la mobilisation de tous les acteurs. Les approvisionnements ont été assurés, que ce soit pour le sourcing français ou du côté des importations, tout le monde a bien joué le jeu », a poursuivi Jean-Luc Cade. L’autre point positif pour le responsable est la mobilisation des pouvoirs publics : « Le Gouvernement était à la tâche et à l’écoute, il nous a apporté des solutions dans l’urgence pour assurer le plan de continuité de nos activités, c’est très encourageant. »

Fracture économique avec des effets sur le long terme

Pour François Cholat, la poursuite de l’activité des fabricants d’aliments ne s’est pas faite sans engendrer de conséquences économiques. « Les coûts de production ont augmenté, ne serait-ce que le prix du transport, sans parler de la hausse importante des prix des vitamines et des oligoéléments, dont pour certains nous dépendons des importations chinoises. Ces éléments sont de nature à fragiliser les entreprises. »

Pour le secteur de la nutrition animale, François Cholat estime que la perte d’activité sur l’année 2020 sera de l’ordre de 4 % :  « La filière animale souffre de l’absence de valorisation, quand bien même l’origine France a pu être plébiscitée pendant cette crise. L’arrêt de la restauration hors foyer, de la restauration, impacte les filières. Il ne faut pas oublier que certaines filières, comme le poulet de Bresse, ou encore le marché de la pintade, de la caille, sont à l’arrêt total », précise Jean-Luc Cade.

Pour les deux responsables, même si cette période de crise a permis de créer certaines synergies, le risque d’accélération de la récession pour le secteur de l’élevage est fort. « Nous sommes inquiets pour l’après, nous espérons que cette crise, qui aura des conséquences économiques importantes, ne deviendra pas en plus une crise agricole », a conclu François Cholat.