Jean-François Loiseau, président d’Axéréal

« Renforcer l’efficacité industrielle des sites »

« La mise en place de la blockchain de la farine Savoir Terre s’est faite en interne et avec l’accompagnement de Connecting Food, détaille Jean-François Loiseau, président d’Axéréal. Déjà 300 000 sachets de 1 kg se sont vendus. » Photo : Axéréal
« La mise en place de la blockchain de la farine Savoir Terre s’est faite en interne et avec l’accompagnement de Connecting Food, détaille Jean-François Loiseau, président d’Axéréal. Déjà 300 000 sachets de 1 kg se sont vendus. » Photo : Axéréal

Jean-François Loiseau, président d'Axéréal a accordé un entretien à Circuits Culture le 17 février afin d’évoquer les projets du groupe coopératif et le choix pris de la vente des produits phyto.

Avec l’arrivée de Paul-Yves L’Anthoën à la direction générale, quels projets avez-vous déployés ?

Jean-François Loiseau : À l’automne 2016, nous avons décidé de mettre en place un plan d’amélioration de l’agriculture suite à la mauvaise récolte de cette année-là. Avec le Conseil d’Administration et l’équipe du Comité Exécutif, à l’automne 2017, nous avons procédé à des changements dans l’organisation de nos activités, afin d’améliorer le modèle d’Axéréal. D’abord, par une meilleure régionalisation, avec la mise en place de six grandes régions dans le but d’anticiper et d’être en relation plus directe avec les agriculteurs. Ensuite, par l’organisation d’une politique commerciale, qui permet aux agriculteurs de mieux valoriser leurs productions, en développant notamment les filières, quelles que soient leurs exploitations. Nous avons renforcé notre travail sur l’efficacité industrielle de nos sites, et amélioré globalement notre logistique. Enfin, nous avons optimisé nos sites de stockage, en travaillant collectivement avec les agriculteurs et les équipes de terrain. Cela nous amènera en trois ans à limiter l’ouverture de 200 silos à la période estivale. Notre présence sur le terrain est essentielle, à titre d’information, en 2019, nous comptabilisons plus de 60 000 rencontres chez les agriculteurs et réunions collectives.

 

Quelles sont vos ambitions pour la coopérative ?

J.-F. L. : Nous souhaitons gagner en efficacité économique pour améliorer la valorisation à l’hectare de nos adhérents. Nous voulons progresser avec eux sur les questions agronomiques, par exemple une progression sur la biologie des sols, et les accompagner vers des solutions combinatoires. Nous avons également de belles ambitions sur la digitalisation de nos activités : portail de e-commerce, outils d’aide à la décision pour nos agriculteurs, gestion optimisée de la collecte des céréales, ou encore optimisation de la logistique. Enfin, pour nos sites de transformation, la recherche de l’excellence opérationnelle, et l’implication dans la transition alimentaire est au cœur des préoccupations.

 

De quelle manière allez-vous aborder la séparation de la vente et du conseil des produits phytosanitaires ?

J.-F. L. : Nous allons conserver la partie vente mais en tendant vers une diminution des produits phytosanitaires, avec par exemple, le déploiement de leviers comme le choix de plantes plus résistantes aux maladies. En parallèle, nos techniciens vont promouvoir d’autres conseils vers des méthodes alternatives comme l’utilisation croissante de nouvelles technologies, les solutions biologiques, etc.

 

Prévoyez-vous de vous lancer dans le e-commerce à l’image de ce que propose aladin.farm ?

J.-F. L. : Nous disposons depuis huit mois d’une plateforme de e-commerce, sur laquelle les adhérents peuvent passer commande pour l’ensemble de leurs besoins. Celle-ci fonctionne bien et est en test auprès d’une sélection d’agriculteurs. Nous avons déjà près de 70% de nos adhérents qui peuvent y accéder. Nous ferons un bilan des utilisations en fin de campagne, dont les retours sont très encourageants, pour qu’à terme, la plateforme soit ouverte à l’ensemble de nos adhérents.

 

Récemment, vous êtes allé en Argentine avec de jeunes futurs administrateurs d’Axéréal. Qu’avez-vous appris ?

J.-F. L. : Lors de ce voyage, qui s’insère dans le parcours d’intégration de jeunes adhérents qui vont prendre des fonctions au sein de la coopérative, nous avons rencontré des personnalités institutionnelles locales, visité deux de nos usines de malt, ainsi que des exploitations agricoles. Nous avons été surpris par la qualité du travail, et le niveau de rigueur avec lequel sont entretenues nos malteries. Durant les rencontres avec les agriculteurs, nous avons évoqué des thèmes comme le développement durable ou encore le stockage du carbone. C’est un pays très libéral et imprévisible où il n’y a aucune politique agricole. Un jour ils peuvent bénéficier d’aides du gouvernement et le lendemain plus rien.

 

Récemment, Boortmalt a racheté Cargill Malt. Quelle est votre communication auprès des adhérents suite aux différents choix stratégiques du groupe ?

J.-F. L. : Nous disposons d’un historique dans le domaine, avec l’achat il y a 25 ans d’une première malterie à Issoudun (Indre). S’en est suivie quelques années plus tard l’acquisition d’une autre à Anvers qui nous a offert une ouverture en dehors de l’Europe. En 2010, nous sommes passés de 500 000 à 1 million de tonnes de malt. En 2017, nous avons ouvert le capital de Boortmalt aux investisseurs afin de nous donner plus de moyens et en novembre 2019, nous avons procédé au rachat de Cargill Malt. Désormais, nous disposons d’usines au Canada, aux États-Unis, en Argentine, en Australie et dans cinq pays d’Europe. Toutes sont implantées au cœur des bassins de production d’orge. Actuellement, nous mettons en place une usine en Éthiopie pour aider les agriculteurs à se développer localement. Notre position sur le marché permet de valoriser la production des adhérents en filière et d’aller chercher de la valeur. Cela sécurise également la culture de l’orge de printemps et permet de la maintenir dans nos régions.

 

À propos de Savoir Terre et la farine tracée et sécurisée par blockchain : quel est le but et comment s’est fait son développement ?

J.-F. L. : La farine Savoir Terre est l’une de nos références GMS qui s’appuie sur notre démarche de développement durable CultivUp, visant notamment à mieux valoriser les productions de nos agriculteurs. Nous avons choisi cette farine comme pilote pour installer une blockchain, et répondre à une attente croissante des consommateurs en matière de transparence dans la traçabilité. Le système leur permet un suivi de la farine depuis le champ et son producteur, en passant par chaque site de stockage et de transformation. La mise en place s’est faite en interne et avec l’accompagnement de l’entreprise française Connecting Food, spécialisée dans le déploiement de blockchain dans le secteur alimentaire. À date, déjà 300 000 sachets de 1 kg se sont vendus. L'accueil très positif des distributeurs sur la mise en place de cette technologie nous laisse espérer une belle progression des ventes dans les prochains mois.