International Seed Federation

La semence essentielle à la sécurité alimentaire

Michael Keller, secrétaire général de l’ISF. CP : DR
Michael Keller, secrétaire général de l’ISF. CP : DR

La crise sanitaire aura empêché la tenue « physique » du rendez-vous international annuel réunissant l’ensemble des acteurs de la semence, prévu cette année en Afrique du Sud. Toutefois, la crise aura permis de remettre la semence au cœur des enjeux, un maillon essentiel à la souveraineté alimentaire des pays et de celle du monde entier. Nous avons échangé sur le sujet avec Michael Keller, secrétaire général de l’ISF.

Quels ont été les conséquences directes de la crise sanitaire sur la filière semencière ? Difficultés logistiques, sanitaires, économiques ?

Michael Keller : Nous craignions des difficultés d’approvisionnement à cause de la fermeture des frontières, et des difficultés logistiques pour acheminer les semences. Mais il y a eu très vite une prise de conscience de la part des autorités sanitaires et politiques sur l’impérieuse nécessité de continuer à approvisionner la chaîne alimentaire. L’agriculture est redevenue une priorité et rapidement, des solutions pratiques et dématérialisées ont été trouvées, notamment pour l’édition de certificats phytosanitaires, la reconnaissance mutuelle. C’est intéressant de voir comment une crise peut finalement être salutaire pour accélérer des problèmes d’ordre administratif. La confiance est nécessaire pour avancer, et cela s’est très bien passé pendant cette crise. Il y a vraiment eu une prise de conscience sur le fait qu'il est nécessaire de semer pour se nourrir demain. Globalement, il n’y a pas eu de difficulté majeure pour l’hémisphère nord, aucun retard et donc un faible impact pour la production. Ponctuellement, quelques difficultés ont été rencontrées pour acheminer de la semence de contre-saison, notamment par avion, mais des solutions ont été trouvées, même si la plupart du temps, à des coûts supérieurs. Sur le plan macroéconomique, il y aura des conséquences sur le long terme. Certaines filières ont complètement été déstabilisées, comme le débouché éthanol. Cela pourra, à long terme, mener à des arbitrages différents dans le choix des productions…

Cette crise a aussi soulevé la question de la relocalisation de la production ? Le secteur semencier a-t-il un rôle à jouer ?

M. K. : Chaque semence doit être adaptée à son terroir, et cette dernière contribue à l’indépendance alimentaire des uns et des autres. La question à laquelle il faut répondre est : comment créer un système agricole interdépendant et durable face aux enjeux environnementaux ? Car il faut continuer à produire plus, l’indépendance nationale est illusoire. Nous ne devons pas rater l’occasion, celle de créer du multilatéralisme, à savoir des règlements communs pour résoudre les problèmes du monde. La crise nous aura confirmé trois points que l'on avait tendance à oublier : l’importance de produire de quoi se nourrir, celle de la semence pour le secteur agricole, et le besoin d’innovation. Il est temps d’ouvrir de nouveaux débats, une nouvelle ère pointe et nous nous devons d'envisager toutes les possibilités. Innovation et durabilité, voilà le cercle vertueux.

Le congrès annuel de l’ISF devait se tenir à Capetown en Afrique du sud. Est-il confirmé à une date ultérieure ?

M. K. : Nous évoquions la localisation de la production et l’indépendance alimentaire, le continent africain est pour nous une priorité. Les besoins en matière de semences pour ce continent sont considérables. Les acteurs sur le terrain ne sont pas assez nombreux, il faut attirer des semenciers privés et créer un contexte favorable pour que le continent puisse nourrir sa population. Avec nos partenaires, nous avons décidé non pas d’annuler mais de reporter en 2022 la tenue du congrès en Afrique du Sud. Pourquoi 2022 ? Parce que nous sommes déjà bien avancés pour l’organisation du congrès 2021 à Barcelone… Mais pour autant, nous n’oublions pas notre promesse qui était le slogan du congrès « Shared roots »,  à savoir celle de prendre racine sur cette terre. Nous avons mis en place un partenariat avec une association locale qui intervient dans les townships en fournissant des repas. Nous fournissons les semences pour le potager et pour le terrain de foot de l’association, c’est très concret. Et puis, à défaut d’organiser un événement physiquement, nous organisons une sorte de congrès virtuel aux dates du congrès initialement prévu, à savoir les 8, 9 et 10 juin 2020. Un panel de conférenciers interviendra sur les sujets suivants : le secteur semencier après le Covid-19, et l’innovation. C'est l'occasion pour nous de communiquer encore plus sur notre secteur avec un événement gratuit et accessible à tous.