Fertilisation

Des apports au plus proche des semences

L’azote, le phosphore et le soufre sont les éléments principaux à localiser, d’après Marc Lambert, responsable agronomie chez Yara France. Photo : M.Lecourtier/Média&Agriculture
L’azote, le phosphore et le soufre sont les éléments principaux à localiser, d’après Marc Lambert, responsable agronomie chez Yara France. Photo : M.Lecourtier/Média&Agriculture

Avec le déploiement du semis direct, la fertilisation localisée est de plus en plus pratiquée, y compris en cultures d’automne. Si les engrais sont disponibles sur le marché, le frein réside davantage dans le manque de matériel adapté pour les apports.

Sur la fertilisation localisée, la demande a tendance à croître, observe Philippe Camus, chef marché nutrition des plantes chez Actura. « Nous sommes de plus en plus sur une fertilisation pointue, avec des apports au plus proche de la semence. Donner de la vigueur à la plante dès le départ est d’autant plus important dans la période actuelle où les outils de protection des semences se font rares. C’est vrai en maïs, mais aussi sur les cultures d’automne désormais, en colza et en blé. »


« Sur les nouveaux éléments fertilisants, il est
nécessaire d’avoir les connaissances
pour éviter de brûler les germes
en fertilisation localisée », estime
Philippe Camus, chef marché nutrition
des plantes chez Actura. Photo : Actura

Avec des itinéraires techniques limitant le travail du sol, on obtient « un retard à l’allumage qui impose de compenser le manque de minéralisation par la localisation d’éléments fertilisants », note Marc Hervé, responsable agronomie, EuroChem Agro France. Pour David Guy, directeur Sky Agriculture, la minéralisation étant moins rapide en semis direct, il est essentiel de la compenser pour éviter tout déficit. « La situation la plus risquée est le semis d’une céréale à paille dans un couvert vivant ! » Marc Hervé d’ajouter : « Pour les éléments peu mobiles comme le phosphore, la localisation à proximité de la semence trouve son intérêt même pour les plantes au système racinaire le plus puissant. Car même pour ces espèces, le système racinaire d’une jeune plantule est très peu déployé et peu efficace. La fertilisation localisée est donc une assurance implantation. » L’objectif est bien d’assurer une bonne implantation et une bonne vigueur de la culture pour s’affranchir des différents bioagresseurs et des conditions pédoclimatiques limitantes.

N, P, S

Pour Marc Lambert, responsable agronomie chez Yara France, l’azote, le phosphore et le soufre sont les éléments principaux à localiser. Avec un cycle similaire à celui de l’azote et des besoins simultanés pour les plantes, le soufre est le meilleur candidat pour accompagner l’azote et le phosphore. D’autant que les plantes y répondent très bien. David Guy soutient d’ailleurs que cet élément apporté au semis peut avoir un effet significatif sur le rendement sans représenter un investissement important. « La fertilisation localisée des céréales à paille au semis doit se raisonner comme un outil et non comme un apport à déduire du solde total de la dose prévisionnelle », précise Marc Hervé.

Si la plus grande proximité est gage de meilleure valorisation, celle-ci dépend avant tout du niveau de salinité de la forme de l’engrais utilisée, continue Marc Hervé : « À distance égale de la semence, un engrais à plus forte salinité peut engendrer une baisse de la germination et donc une perte de pieds à la levée. Si la salinité est trop forte autour des graines, l’eau n’entre pas dans ces dernières et empêche donc leur imbibition… Première étape indispensable à leur germination. Il faut donc savoir garder une distance de 3 à 5 cm de la graine dans ce cas précis. »

Il faut éviter les formes uréiques dès que de l’engrais azoté est localisé près de la ligne de semis et limiter la dose d’azote pour éviter tout risque d’effet de brûlure sur les graines. Compte tenu de la faiblesse des écartements d’interrangs en céréale à paille, Marc Lambert est plutôt favorable à « la séparation de l’engrais et de la semence. En dehors de ce choix, toutes les stratégies de positionnement de l’engrais par rapport à la semence se valent. Le placement idéal pourrait être très différent en cas d’écartement interrangs plus élevé. Ce qui pourrait intervenir avec l’arrivée lente du binage des céréales à paille ». Si l’on se place dans une stratégie d’engrais « starter », David Guy estime que « le phosphore doit se trouver dans la ligne de semis, au plus proche de la graine. Pour ce qui est de l’azote, hormis pour les formes uréiques, elles trouvent aussi leur place dans la ligne de semis. » À condition de ne pas dépasser une dizaine d’unités par hectare d’azote pour les semis d’automne comme le rappelle Rémi Bohy, responsable semis Horsch France.

Biostimulants et mycorhize

Au-delà de l’azote et des oligoéléments P, K et S en localisé, l’offre s’oriente de plus en plus vers les biostimulants et mycorhize, sous forme de microgranulés apportés auprès de la semence. « Il y a beaucoup de nouvelles offres qui arrivent sur le marché, mais il faut faire le tri. Notre rôle est de tester ces produits au travers de notre réseau de onze fermes Etamines, en choisissant uniquement ceux avec AMM, afin de vérifier l’intérêt technico-économique pour le producteur. Nous vérifions également que la mise en œuvre du produit est faisable : du stockage à l’utilisation par le producteur. Actuellement, une quinzaine de biostimulants sont testés chez nous », explique Philippe Camus.


Si la plus grande proximité est gage de meilleure valorisation,
la distance d’apport dépend avant tout du niveau de salinité
de la forme de l’engrais utilisée. Photo : M.Lecourtier/Média&Agriculture

Sur les nouvelles formes d’engrais, le chef marché nutrition des plantes conseille d’être vigilant sur la forme et la position de l’engrais apporté à proximité de la semence. « Attention à ne pas acidifier le lit de semence. Sur les nouveaux éléments fertilisants, il est nécessaire d’avoir les connaissances pour éviter de brûler les germes, et les nouvelles sociétés spécialistes des biostimulants n’ont pas toujours les moyens de connaître en détail les conditions précises d’emploi de leurs produits. »

Matériel peu adapté

Si les produits pour la fertilisation localisée sont disponibles sur le marché, le principal frein reste l’adaptation du parc matériel, termine Philippe Camus. « Le renouvellement du parc n’est pas élevé. Les agriculteurs sont peu équipés de semoirs avec apports d’engrais en localisé. Les ETA le sont en revanche de plus en plus, ce qui facilite le déploiement de la pratique. »