Conservation des céréales

Des sondes détectrices et des méthodes alternatives

Les sondes EWD détectent précocement les insectes (ici des charançons). CP : Systelia
Les sondes EWD détectent précocement les insectes (ici des charançons). CP : Systelia

Des tests ont été effectués dans des silos à plat. Depuis quelques années, existent les sondes EWD qui détectent la présence d’insectes dans les silos de céréales et de légumineuses. Dijon céréales les a testées. Leur utilisation va permettre de mieux gérer la réception et le stockage des grains afin d’utiliser des solutions alternatives au chimique.

Aujourd’hui, les stockeurs de céréales peuvent traiter chimiquement les lots. Toutefois, le choix de ces insecticides diminue et la pression sociétale est de plus en plus forte pour que les organismes stockeurs se tournent vers d’autres solutions que chimiques. Ces alternatives ont un coût... La ventilation par le froid, par exemple, est utilisée de plus en plus tôt pour limiter la prolifération des insectes. La gestion des silos serait facilitée si une information fiable et précoce de l’infestation éventuelle était disponible. La société Systelia Technologies a ainsi conçu des sondes EWD (Early Warning Diagnosis) qui permettent d’indiquer très en amont la présence d’insectes (larves ou adultes) dans les silos.

« Ces sondes analysent le bruit que font les adultes et les larves quand ils grignotent ou quand ils se déplacent », explique Bernard Tomasini, fondateur de Systelia Technologies, qui les a mis au point. En laboratoire, l’entomologiste Francis Fleurat-Lessard, de l’Inra, avait montré depuis les années 1980 qu’il était possible d’écouter des insectes dans un grain. Avec l’Inra, nous avons mis au point ces sondes acoustiques qui fournissent, en deux minutes, une estimation fiable et précoce de la densité d’adultes et de larves. Ces dernières sont les plus dommageables. Elles sont six à huit fois plus nombreuses et génèrent une activité jusqu’à 6/7 °C dans du grain stocké en vrac.»

 
Tests de détection réussis avec les sondes

Les premières sondes portables ont été commercialisées en 2005, mais le contexte de l’époque ne leur a pas permis de rencontrer de succès commercial. Après une modification du produit et la prise en compte des dernières technologies, Systelia Technologies a mis de nouveau sur le marché de nouvelles sondes depuis deux ans. Durant l’année 2016, l’Inra a réalisé une nouvelle expérimentation dans deux petites cellules de 3,5 tonnes contenant du blé tendre traité par fumigation. Ces deux petites cellules ont été contaminées avec une larve de charançon pour 10 kg. Six fois par jour, la sonde acoustique, placée au centre de chaque cellule, a donné automatiquement des résultats. En parallèle, chaque semaine, des échantillons ont été prélevés et tamisés, des observations ont été effectuées sur les pièges qui avaient été installés dans les cellules, censés attirer les insectes.

Résultat, les sondes ont détecté la présence des larves dès le début de l’expérimentation, et l’estimation de la densité d’infestation a été conforme au modèle théorique du développement de l’insecte. En revanche, au niveau des pièges, les insectes n’ont été détectés que 12 semaines après le début de l’essai. Et la prise d’échantillon n’a révélé les insectes au tamis que 24 semaines après. Autant dire que les prises d’échantillons à l’arrivée d’un lot en silo ne conviennent pas pour ce genre de détection.

« Cette expérimentation a montré que les sondes EWD apportaient l’information la plus pertinente, la plus fiable et la plus précoce pour une aide à la décision permettant de mettre en place une réelle stratégie de prévention », précise Bernard Tomasini.

 
Trois versions différentes des sondes

La technologie EWD se décline en trois versions selon son usage et la taille des silos. La version portable est adaptée aux stockages à plat et aux petites structures. Elle peut servir aussi au technicien pour accompagner l’agriculteur dans la gestion de son stockage à la ferme. La version automatique est recommandée pour les réceptions et les expéditions des lots. Cette version évite de monter dans la benne lors de la mesure. Enfin, la version semi-permanente offre la possibilité de surveiller en continu et sans intervention humaine les cellules réalisant du stockage de longue durée. Un seul et même logiciel gère les trois versions.


CP : DR

 
Test sur des silos à plat chez Dijon Céréales

Dijon Céréales teste actuellement ces sondes :

« Nous avons choisi de tester les sondes mobiles dans des silos à plat, précise Ludovic Lignier, technicien de sanitation à Dijon Céréales, pour des raisons de facilité et de sécurité pour les deux techniciens qui expérimentent. La sonde est reliée à une tablette qui indique par un voyant couleur si le lot est infesté ou pas. Pour ces essais, les résultats obtenus avec les sondes sont corrélés avec ceux déjà acquis avec les pièges à insectes à base de phéromone. En 2018, dans les quatre silos testés, aucun insecte n’a été détecté. Des tests ont été aussi effectués dans des big bag de 600 kg. Contrairement aux sondages dans des camions ou des cellules, le sondage en big bag nécessite un environnement calme car le volume de grain autour de la sonde est très faible. Nous poursuivrons les essais en 2019. »

 
Balbutiements des solutions alternatives

L’utilisation des sondes EWD peut ou pourra désormais revisiter la gestion des insectes en silo. Avec une fiabilité plus importante que par le passé et une détection plus précoce, certaines modalités alternatives peuvent de nouveau être envisagées. En plus du nettoyage des cellules par fumigation, de l’injection de gaz carbonique, les terres de diatomées (homologuées en bio) et des huiles essentielles (non encore homologuées) pourraient être employées. Les terres de diatomées, poudre minérale, sont les seules homologuées en contact avec les graines. Leur principe, de pouvoir desséchant, blesse le tube digestif des insectes et finit par les tuer. Ce produit se présente sous deux formes. La première qui n’a subi aucune modification est dite amorphe. La seconde, calcinée à 900 °C, est très irritante et dénommée « silice cristallisée ». Aucune huile essentielle n’est autorisée en France contre les insectes du grain en silo. En revanche l’orange douce et la menthe verte sont autorisées pour lutter contre les insectes du grain en agriculture biologique, en arboriculture pour la première et comme germicide pour la seconde.  Des essais de diffusion dirigée d’huile essentielle sont en cours à l’UMR IATE (ingénierie des agro-polymères et technologies émergentes) de Montpellier où sont associés l’Inra, l’université de Montpellier, Supagro et le Cirad.